J’aimais écouter Étienne Klein.

Il m’expliquait le temps.

Ou plutôt, il me faisait comprendre que je ne savais pas ce qu’était le temps.

J’aimais cela.

Un scientifique qui ne simplifiait pas le monde mais me faisait découvrir sa complexité.

Puis un jour, j’ai entendu :

Il aurait plagié.

Il aurait repris des textes qui n’étaient pas les siens.

Alors quoi ?

Dois-je cesser de l’écouter ?

Tout ce qu’il m’a appris devient-il faux ?

Je ne sais pas.

Et cette phrase est peut-être devenue difficile à prononcer :

Je ne sais pas.

Notre époque exige un verdict.

Coupable ou innocent.

Admirable ou méprisable.

Avec nous ou contre nous.

Quelques secondes pour décider.

Quelques caractères pour condamner.

Mais penser demande parfois exactement l’inverse :

suspendre son jugement.

Un homme peut-il avoir tort aujourd’hui et raison demain ?

Peut-il avoir commis une faute et continuer à nous apprendre quelque chose ?

Une œuvre appartient-elle encore à celui qui l’a écrite lorsque nous l’avons lue, comprise, discutée et faite nôtre ?

Je ne sais pas.

Peut-être la liberté commence-t-elle également ici :

refuser que quelqu’un d’autre décide à ma place de celui que j’ai le droit d’écouter.

Lire.

Vérifier.

Confronter.

Et seulement ensuite juger.

Ou quelquefois ne pas juger.

Socrate savait déjà quelque chose que notre société de l’information semble avoir oublié :

la conscience de notre ignorance n’est pas une faiblesse de la pensée.

Elle en est peut-être le commencement.